L’Histoire de l’Association

1911 › 1939

Naissance de l’Amicale des régisseurs de théâtre

1er comité (provisoire) en 1911 au foyer du Théâtre du Gymnase. Collection A.R.T.

La vie théâtrale parisienne est intense en cette fin du XIXème siècle et Paris est aussi l’un des hauts lieux de la création lyrique. Notre société hyper-protégée, en dépit des difficultés que l’on sait, oublie aujourd’hui, qu’en ce temps là, la protection sociale n’existe pas ...

C’est d’abord dans la tête d’Hubert Génin Directeur de la scène du Théâtre du Châtelet – Direction Fontanes que naît l’idée d’une amicale qui verra son aboutissement avec la création de l’Amicale des Régisseurs de Théâtre le 29 Décembre 1911, avec, à sa tête, Ernest Carbonne Directeur de Scène de l’Opéra Comique. Le premier siège social se compose d’une seule vaste pièce au 29 de la rue Etienne Marcel. Ses objectifs de départ :

  • Resserrer les liens de confraternité et de solidarité entre les régisseurs ;
  • Pratiquer l’aide professionnelle ;
  • Aider les membres âgés ou en situation précaire.

"Quand le métro est en panne, Madame, on prend l'autobus..." Dessin de Poulbot Mars 1914

Un grand gala

Un grand gala organisé au Théâtre de la Gaîté Lyrique, en 1912, apporte le premier financement. En août 1914, la plupart des membres de l’Amicale sont mobilisés. Ceux qui ne sont pas sous les drapeaux, s’activent au sein d’une fraternelle du spectacle qui, pendant toute la guerre, viendra secourir nombre d’artistes.

La fiche de Pierre Baudu / Collection A.R.T.

Le Sabot de Noël

Dès 1919, le phénomène syndical prend de l’ampleur et l’association, présidée depuis 1916 par Henry Prévost, administrateur général du Châtelet, laisse aux organisations professionnelles le soin de défendre les intérêts de leurs membres tandis qu’elle cultive la notion de fraternité. C’est sous sa présidence que Blond’hin, fondateur avec Dranem de la maison de retraite de Ris-Orangis, a l’heureuse idée de la création du « Sabot de Noël » auquel l’association des régisseurs participe en achetant les premiers sabots offerts par les quêteuses, suivie fin 1916, par l’association des artistes dramatiques sous la présidence de Jean Coquelin.

En 1918 Eugène Lespinasse, comédien autant que régisseur, évoque l’idée d’une bibliothèque qui conserverait, avec les manuscrits, l’ensemble des documents indispensables à une reprise éventuelle du spectacle, selon la mise en scène originale, et, par conséquent, en accord avec la pensée de l’auteur. L’idée que chaque régisseur pourrait par testament léguer l’ensemble des éléments réunis tout au long de sa carrière, commence à prendre corps.

Le Relevé de mise en scène

Le théâtre étant, par essence, un art éphémère, les traces qu’il laisse sont extrêmement fragiles. Les textes ( Il est peu courant qu’une pièce soit éditée avant d’avoir l’aveu du public, il n’est pas rare qu’elle reste après son exploitation à l’état dactylographique.) étaient le plus souvent ronéotypés. La reliure en était rudimentaire. Sur ces textes, le régisseur portait les notes de mise en scène, intentions psychologiques, places et mouvements des acteurs, positionnement des meubles et accessoires, variation des lumières etc. bref, tout ce qu’il fallait savoir pour reconstituer le spectacle, avec une autre troupe, même en l’absence du metteur en scène. Lespinasse prit son bâton de pèlerin pour convaincre un à un les professionnels responsables (directeurs des théâtres de Paris, directeurs de tournées, de l’utilité de ce travail, du temps et de l’argent qu’il ferait économiser en cas de reprise du spectacle.

On s’aperçoit aujourd’hui que c’est dans ce précieux fonds des relevés de mise en scène que l’on retrouve trace d’œuvres inédites et introuvables ailleurs. À la mort d’Henri Prévost en 1922, le vice-Président rend à ce dernier un hommage appuyé. Paul Edmond qui prend en mains les destinées de l’Art est conscient de l’utilité certaine, pour les professionnels, des relevés de mises en scène et des conduites des spectacles.

C’est sous son mandat, en 1923, que l’A.R.T. s’installe au 3ème étage du 18, rue Laffitte et qu’un premier règlement est établi pour les relevés de mises en scène ainsi que les conditions de leur prêt. En 1924, un événement majeur apporte à l’Association la solidité de son assise pour l’avenir par le décret officiel du 14 mars 1924.

L’Association dite Amicale des Régisseurs des Théâtres français dont le siège est à Paris, est reconnue d’Utilité publique.
Le Ministre de l’Intérieur est chargé de l’exécution du présent décret qui sera inséré au Bulletin des lois.


Fait à Paris, le 14 Mars 1924
Signé :
Alexandre Millerand
Président de la République

Le régisseur portait les notes de mise en scène, intentions psychologiques, places et mouvements des acteurs

le Président Charles Méré, confirme son attachement

Une organisation très stricte s’instaure alors, sur plusieurs plans : la formation et la conservation des mises en scène. Déjà, on commence à penser à une institutionnalisation de ce dépôt.

Les nouveaux statuts sont clairs : Afin de favoriser les dons et les legs, le fonds est garanti autonome. Un catalogue est ouvert et garantit la conservation des livres manuscrits et documents.

Quand Paul Edmond fait don de ses propres collections en 1927, il convient d’agrandir les locaux. Une pièce est louée faubourg st Denis. Les cours d’enseignement technique permettant au régisseur de réunir ces trois qualités essentielles que sont l’aptitude à la mise en scène, la connaissance des techniques du plateau, l’administration du spectacle.

Louis Jouvet et Gaston Baty travaillent sur le projet qu’une sévère crise financière, obligera, hélas, à suspendre en 1928.
En 1929, c’est Félix Ducray, Administrateur du Théâtre du Gymnase puis de la Madeleine, qui reprend énergiquement en mains les destinées de l’A.R.T. Conscient du rôle que la Bibliothèque pouvait apporter, il décide de la faire mieux connaître, principalement auprès de la Société des Auteurs. Sous son mandat, les finances seront rétablies ainsi que la subvention de la SACD, dont le Président Charles Méré, confirme son attachement :

Monsieur le Président,

Monsieur Deyrieux, Délégué général à notre commission nous communique la lettre que vous lui avez adressée le 13 novembre avec les volumes des mises en scène que lui avez confiés. La commission a examiné ces documents avec le plus vif intérêt et m’a chargé de vous exprimer ses félicitations pour l’œuvre si intéressante entreprise par vous et réalisée de façon parfaite. Elle a l’intention, au surplus, d’obtenir dans un prochain traité avec les Directeurs des Théâtres de Paris l’insertion d’une clause au terme de laquelle ces derniers s’obligeraient à remettre les mises en scène de leur pièce à votre association. Notre société est heureuse de vous donner son patronage et, sa commission, dans sa séance du 21 courant a déclaré vous accorder une subvention de 800 francs.

Veuillez agréer…

Le Président
Charles Méré

Aux côtés de Félix Ducray :  les vices présidents Hubert Génin ainsi que Marc Roland qui sera, à partir de 1940, conservateur de la Bibliothèque et commencera un premier inventaire manuscrit. Ses notes restent précieuses pour la connaissance de nos archives.

Le comité en 1936 / Collection A.R.T.

1934 : l’Amicale devient Association des Régisseurs de Théâtres

Georges Deyrens en assure la présidence dès 1934 et va en modifier les statuts. L’amicale devient l’Association des Régisseurs de Théâtre. C’est le nom qu’elle gardera jusqu’en 1976. Les dons affluent, liquidités, documents, matériel, comme lors du transfert de ses collections dans les nouveaux locaux, quelques étages plus bas à la même adresse, avec cinq pièces dont trois grandes. Plusieurs éminentes personnalités saluent alors, le rôle du régisseur :
* Victor Boucher : « Un bon régisseur vaut une bonne pièce. »

* André Antoine : « Personne plus que moi n’aura apprécié le rôle considérable du régisseur de théâtre et j’ai gardé de ceux qui furent mes collaborateurs le souvenir le plus ému. »

* Sacha Guitry à son régisseur Georges Lemaire : « Dîtes de ma part à vos camarades combien nous serions injustes en méconnaissant le rôle modeste et capital que vous jouez à nos côtés. D’ailleurs ce n’est pas sans raison que votre mission si délicate s’appelle une conduite. »

Le Rayonnement de la Bibliothèque

Le rayonnement de la bibliothèque s’étend, la presse commence à lui consacrer des articles importants. Un stand est tenu par Laurac et Helvet à l’Exposition universelle de 1937.

Georges Deyrens obtient de Vuillermoz un grand article dans l’Illustration du début 1939. Auprès de lui depuis 1936, l’agent général, Mademoiselle Ducoin, véritable cheville ouvrière de l’Association, accepte de travailler bénévolement trois fois par semaine pour permettre un fonctionnement normal et, Maître Aujol, avocat, devient le conseiller juridique de l’Association. Georges Deyrens sera élu pour un troisième mandat gérant la période d’ombre de la guerre qui, grâce à la vigilance de ses membres, se déroulera sans dommage pour les collections.